L'éloquence des belles choses. B.AX, quand la peinture se fait manifeste
B.AX, la liberté au féminin
Figures féminines, mythologies et art de la réparation.
Chez Béatrix Vincent, alias B.AX, la beauté ne se contente jamais d'être contemplée.
Alors que la peinture porte en elle la mémoire des épreuves, elle fait également de la beauté un langage de liberté et d’engagement.
Il est des rencontres qui continuent de résonner longtemps après avoir eu lieu.
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Il y a plus de dix ans, j'ai eu la chance de faire sa connaissance à l'occasion d'une exposition où la photographie en noir et blanc rencontrait la peinture, deux expressions artistiques réunies autour d’une cause…
J'en étais le modèle.
L'art se mettait au service d'une cause, et cette rencontre allait laisser une empreinte bien au-delà des images.
Aujourd’hui, je retrouve encore et toujours cette même conviction dans son oeuvre, celle d’émouvoir, d’interroger, et de permettre à la personne qui découvre ses tableaux de mûrir une certaine réflexion sur ce qu’ils animent en elle.
Derrière la signature B.AX se trouve une artiste extraordinaire dont le parcours est aussi inspirant que vibrant.
Après avoir dessiné et peint jusqu’à ses dix-huit ans, elle laisse la création de côté pendant près de vingt ans.
En 2014, un cancer du sein bouleverse son existence et marque son retour à la peinture : « Je me sens pleinement dans l’ici et maintenant lorsque je peins », nous confie-t-elle.
La toile devient alors un lieu de présence, mais aussi et surtout un moyen d’extérioriser ce que le corps avait peut- être gardé sous silence.
La femme, une figure universelle
Les femmes sont au coeur de son oeuvre, qu’elles soient célèbres ou anonymes, d’hier ou d’aujourd’hui.
Pourtant, ses tableaux ne cherchent pas tant à représenter une personne qu’à donner forme à une condition partagée.
Les chevelures, volontiers surréalistes, deviennent le théâtre des injonctions sociales, des diktats de l’apparence et de la charge mentale.
La beauté attire d’abord l’oeil, puis laisse ensuite place au symbole, qui vient troubler les certitudes.
Dans ce magnifique univers figuratif, à la fois nourri d’art urbain, de pochoir et de culture graphique, B.AX questionne les qualités arbitrairement assignées aux femmes.
D’un côté, il y a la douceur et la discrétion, tandis que l’on retrouve le charisme et le courage de l’autre.
Elle déplace les frontières, sans pour autant renoncer au plaisir de la couleur et de l’image.
« Mes oeuvres représentent non pas une femme, mais toutes les femmes ».
Des mythes pour dire l’indicible
Dans son oeuvre « Les maux passants », née après une récidive en 2021, une néréide protège son sein meurtri.
Au milieu du tumulte, elle semble déjà regarder au- delà de la tempête.
B.AX convoque les néréides de la mythologie grecque, la puissance de la vague d'Hokusai tandis que Sept flèches rappellent quant à elles l’iconographie de Notre- Dame des Sept Douleurs.
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Trois univers et une même intuition.
Il est des blessures que l'art ne cherche pas à effacer, mais auxquelles il offre une autre destinée.
Sa chevelure se transforme en vague, faisant écho à la célèbre estampe d’Hokusai.
L’Oeuvre fait se rencontrer Mythologie grecque, art japonais et tradition chrétienne.
Elle est également née d’un message reçu dans un moment difficile.
Alors que l’artiste disait se trouver « dans le creux de la vague », un collègue lui répondit qu’il l’attendrait « en haut de la vague ».
Une phrase devenue image, et promesse de jours meilleurs, une peinture était née.
Avec Sakura & Kintsugi, elle convoque deux symboles japonais.
La fleur de cerisier, dont la beauté rappelle le caractère éphémère de la vie, et le kintsugi, cet art de réparer les objets brisés en soulignant leurs fractures d’or.
Les branches dorées deviennent ici autant de cicatrices assumées.
Dans Senbazuru, la légende des mille grues de papier, pliées dans l’espoir d’un voeu exaucé, donne à la patience et à l’espérance une forme sensible.
Quand l’art se prolonge dans l’engagement
La démarche de B.AX ne s’arrête pas au cadre de ses toiles.
Son soutien à Etincelle Occitanie et à la Ligue contre le cancer inscrit la création dans une solidarité concrète.
Ce qu’elle nomme son « ikigaï » tient à cet équilibre entre ce qu’elle aime faire, ce qu’elle peut transmettre et ce qui lui permet de se sentir utile.
Son engagement m’accompagne depuis notre première collaboration.
Avec le souvenir de ma grand- mère qui a vécu plus de 30 ans avec un cancer du sein, il compte parmi les inspirations de l’initiative Octobre Rose que j’ai souhaité porter à Venelles.
Elle a été rendue possible par de magnifiques rencontres et l’élan collectif de toute la ville. Un même fil relie ces histoires…
Celui d’une attention aux autres qui trouve, dans l’art comme dans l’action, une façon de prendre corps.
LIL PROVENCE