Les bastides provençales, ou comment elles traversent les siècles
En 1954, dans Retour à Tipasa, Albert Camus écrivait : « Au milieu de l'hiver, j'apprenais enfin qu'il y avait en moi un été invincible. »
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C'est une idée forte à laquelle j’aime souvent repenser.
Et pour ce qui est de la découverte d’une bastide provençale, je trouve que ces mots font vraiment sens.
Sous le soleil méditerranéen, tout retrouve sa juste mesure, que ce soit à l’extérieur, ou à l’intérieur, tellement la beauté nous entoure de toute part.
A première vue, les bastides semblent appartenir au paysage avec une évidence qui interroge.
On se demande comment une maison construite il y a parfois plusieurs siècles peut-elle paraître aussi actuelle ?
La réponse ne tient sans doute pas à l'architecture seule, mais tant à la manière dont ces maisons ont été pensées.
Il est vrai que de nos jours, les bastides du XVIIᵉ ou du XVIIIᵉ siècle sont devenues rares et ce patrimoine est presque impossible à recréer.
Malgré cela, on peut tout de même construire une très belle maison d'inspiration provençale.
A l’époque, une maison n'était pas pensée pour répondre à une mode.
Elle était pensée pour appartenir durablement à un territoire et pour traverser les générations.
Alors qu’on ne parlait ni d'empreinte carbone, ni de confort d'été, les bâtisseurs observaient d'abord le territoire.
La course du soleil, les vents dominants, la qualité des sols, la présence d'un arbre ou d'une source guidaient les premiers gestes bien avant que ne soient dessinés les murs.
Une bastide ne s'imposait pas au paysage, elle cherchait sa place.
C'est peut-être ce qui explique qu'elles semblent aujourd'hui si naturelles.
Leurs murs épais conservent la fraîcheur des longues journées d’été, tandis que les ouvertures cadrent autant la lumière que les vues.
Les platanes, les cyprès ou les mûriers ne relèvent pas seulement de l'esthétique; ils participent à l'équilibre de la maison, tout comme les terrasses, les génoises ou encore les jardins qui l'entourent.
Avec le temps, j'ai compris que les plus belles maisons n'étaient pas toujours les plus spectaculaires.
Ce sont généralement celles qui donnent le sentiment d'avoir toujours été là.
Aujourd'hui, nous parlons d'architecture bioclimatique, alors que les bâtisseurs provençaux, eux, la pratiquaient déjà sans la nommer.
Lorsque je visite une bastide, je regarde bien évidemment la pierre, la chaux, les proportions ou encore les volumes.
Mais en réalité, ce qui m'intéresse le plus est invisible.
J'observe la manière dont la lumière circule d'une pièce à l'autre, l'ombre qui se dessine sous un arbre en fin d'après-midi, la fenêtre devant laquelle on s'arrêtera naturellement pour regarder le paysage sans même y penser.
Ce sont ces détails qui traversent les générations. Ils racontent une époque où l'on construisait des maisons pour durer, mais aussi et surtout pour y vivre.
C'est peut-être là que réside leur véritable valeur patrimoniale.
Pas uniquement dans leur ancienneté, ni dans leur rareté.
Mais dans cette intelligence silencieuse qui continue, plusieurs siècles après, à répondre aux attentes les plus contemporaines.
Finalement, les bastides provençales ne nous rappellent pas seulement comment on construisait autrefois.
Elles nous invitent à nous demander si nous avons, parfois, oublié comment vivre pleinement…
Nous passons notre vie à acquérir des lieux, tandis que le temps, lui, ne s'acquiert jamais.
Il se reçoit.
Et peut-être que le véritable art de vivre commence précisément dans la manière dont nous choisissons de lui donner un sens.
Lisa Lesieur
Lil Provence
L’Art de vivre en ProvenceLes adresses de Lil Provence
Le Jas de Bouffan- Aix-en-Provence — Pour marcher dans les pas de Paul Cézanne.
Domaine Saint-Hippolyte — L'un des plus anciens témoins de l'histoire de Venelles.
Domaine de Fontcuberte — Une bastide provençale au cœur d'un ancien domaine seigneurial.
Domaine de Violaine — Pour découvrir l'élégance des jardins provençaux du XVIIIᵉ siècle.